Saison France-Brésil 2025 : interview de Graça DOS SANTOS, Vice-présidente Culture, vie associative et rayonnement
« Nous avons voulu rendre visible l’ampleur du résultat de ces collaborations : découvrir des profils et des moments divers de la vie des chercheuses et des chercheurs et de leurs équipes, donner également la parole à des collègues brésiliennes et brésiliens. »
Le Brésil est un pays-continent grand comme 13 fois la France. Saviez-vous qu'il compte une communauté universitaire dont l'esprit entre en résonance avec celui de l'Université Paris Nanterre ?
C'est l'objet de la saison France-Brésil 2025. Elle nous a déjà offert des moments riches et passionnants. Découvrez la suite de la programmation ouverte au plus grand nombre ainsi que les opportunités offertes aux membres de notre communauté scientifique.
Dans cet entretien avec Graça DOS SANTOS, Vice-présidente Culture, vie associative et rayonnement, vous découvrirez aussi la genèse singulière de ce projet.
Sommaire :
|
L’équipe Point Recherche : Bonjour, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Quelles facettes de l’esprit du Brésil vous ont particulièrement nourrie ?
Graça Dos Santos :
- Programmes inclusifs ;
- Méthodologies participatives ;
- Démocratie et partage solidaire.
« Lors des collaborations avec des collègues des universités brésiliennes, je suis frappée par leur capacité de réinvention perpétuelle. Tous intègrent des programmes dits “d’extension”, des “applications” qui s’ouvrent en pratique vers des activités ouvertes sur le territoire. La théorie est ainsi mise à l’épreuve par la pratique développée avec des populations au-delà de l’espace des campus. »
Graça Dos Santos
L’équipe Point Recherche : Ça donne envie d’en apprendre plus sur ce pays-continent grand comme 13 fois la France ! En quoi l’esprit brésilien entre-t-il en résonance avec les particularités de notre belle Université Paris Nanterre ?
Graça Dos Santos : Ces pratiques pédagogiques et de recherches ouvertes sur la société, très présentes dans les universités brésiliennes, sont également encouragées à Paris Nanterre. Elles rappellent la démarche SAPS (Science avec et pour la société) qui promeut l’activité des équipes de recherche de l’université, dont les travaux intègrent une dimension participative, avec des projets incluant les principes de la science citoyenne. Ces pratiques pédagogiques évoquent le projet UNISSON, si important dans notre université, avec son ouverture sur l’expérience étudiante et l'innovation sociale et solidaire. Elles font aussi écho au réseau associatif étudiant, si riche dans notre université ! Ce sont des dynamiques et des projets qui s’enrichissent les uns des autres et qui contribuent à l’énergie de la production culturelle et de recherche de notre campus.
L’équipe Point Recherche : Cette saison culturelle est riche en événements dont certains sont déjà passés (découvrir la programmation complète), pourriez-vous nous parler du prochain rendez-vous qui se tiendra à La Contemporaine ?
Graça Dos Santos : Le 25 mars, une rencontre autour du roman République des Roses (Edu Toledo, 2024) a évoqué la génération ayant vécu pendant et après la dictature, dans une séance accompagnée de chants protestataires de l’époque. Le 2 avril, une autre séance a abordé les diverses formes d’humour graphique qui furent publiées dans la presse indépendante sous le régime militaire brésilien.
Ces deux événements évoquent la dictature civilo-militaire brésilienne (1964-1985) dont on a rappelé les 60 ans en 2024. C’est une période marquante pour la société brésilienne et dont la mémoire est encore difficile, comme l’a montré le film Je suis toujours là de Walter Salles qui a obtenu l’oscar du meilleur film international en 2025 à Los Angeles. Dans cette perspective, nous proposons deux séminaires qui se tiennent à La Contemporaine, dans le cadre d’un cycle intitulé “Représentations du Brésil contemporain”.
Prochain événement accessible à tous les publics (étudiants, personnels, grand public) : → mercredi 2 avril 2025, 17h « Rire de la dictature, rire sous la dictature. Brésil (1964-1982) : Quelle histoire du régime militaire brésilien ? » La Contemporaine : La programmation se poursuit toute l'année et sera enrichie régulièrement, → la découvrir. |
L’équipe Point Recherche : La programmation de la Journée de lancement du mercredi 19 mars était riche (découvrir la programmation complète), mais les propositions l’étaient encore d’avantage ! Qu’est-ce qui a guidé vos choix de programmations ?
Graça Dos Santos : Nous avons organisé la Saison en contactant tous les collègues de notre université afin de réaliser une cartographie des échanges existant déjà avec les universités brésiliennes. Ayant reçu un nombre important de réponses, la diversité des coopérations a été le moteur de notre programmation du mercredi 19. Nous avons voulu rendre visible le résultat de ces collaborations : découvrir des profils et des moments divers de la vie des la vie des chercheuses et chercheurs et de leurs équipes, donner également la parole à des collègues brésiliennes et brésiliens.
Deux exemples :
- Le projet "Cartographier les migrations et l'hospitalité en Amérique latine et en Europe (Brésil, France, Uruguay)", présenté par Pascale Laborier est représentatif du positionnement de notre université.
- L’intervention de Luis de Lima Oliveira s’inscrit également dans une thématique de démocratie et aussi d’innovation.
Vos thématiques de recherche entrent en résonnance avec le Brésil ? → Contribuez à la programmation événementielle en prenant attache avec Graça Dos Santos. → Faites figurer votre projet de recherche dans le Panorama de la coopération universitaire Brésil-France. |
L’équipe Point Recherche : L'un des éléments à la genèse de ce projet est une expérience personnelle très marquante et très signifiante. Pouvez-vous nous la raconter ?
Graça Dos Santos : Au mois de mai 2024, j’étais professeure invitée à l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul – UFRGS, à Porto Alegre, capitale de l’État, lorsque le sud du Brésil a été frappé par une catastrophe climatique sans précédent.
Au début, tout me paraissait irréel. Je suivais les inondations à la télévision qui montrait déjà des situations dramatiques, des images de désolation et de mort. Très vite mes cours sont passés en distanciel, puis annulés, puis annulés. Des étudiants et des collègues sans nouvelles d’amis ou de membres de leur famille. Et tout s’est accéléré : la ville a été est progressivement envahie par les eaux, ou plutôt par une boue gluante et l’aéroport international est devenu impraticable et a fermé pour une durée indéterminée. J’ai été extraite de la ville, in extremis, par mon collègue Gilberto Icle, professeur à l’UFRGS. Il m’a conduite en voiture à l’aéroport de l’aéroport de Florianópolis, situé à 500km, et que nos avons mis sept heures à atteindre. De là j’ai pu atteindre São Paulo puis Paris. Parmi les trois thématiques sur lesquelles est bâtie la Saison France-Brésil 2025 figurent le climat et la transition écologique. Bien évidemment, ces questions étaient au programme de la journée du 19 mars au cours de laquelle le collègue de l’UFGRS s’est exprimé avec une prise de parole au titre emblématique : « Le(s) rôle(s) de l’Université au Brésil face aux catastrophes climatiques, aux luttes identitaires et à la précarité sociale ».
« Nous avons voulu rendre visible l’ampleur du résultat de ces collaborations : découvrir des profils et des moments divers de la vie des chercheurs et de leurs équipes, donner également la parole à des collègues brésiliens. »
Graça Dos Santos
L’équipe Point Recherche : La logique de la saison France-Brésil est similaire à celle de la saison France-Portugal 2022. C'est aussi un travail collectif avec deux autres VP qui ont, comme vous, pris leurs fonctions en juillet 2024. Comment avez-vous travaillé ensemble, en croisant vos 3 périmètres respectifs ?
Graça Dos Santos : Lors de la Saison France-Portugal 2022, avec l’équipe du département de portugais et du CRILUS, nous avons pu préparer un programme labellisé, en alternance entre les deux pays.
La programmation de la Saison France-Brésil a d’autres spécificités elle n’est possible que grâce au travail collectif réalisé avec les trois vice-présidences Relations Internationales, Recherche, et Culture, Vie associative et Rayonnement. Cette collaboration complémentaire nous permet de profiter de cette année France-Brésil pour : d’une part mettre en lumière les différents projets et échanges déjà en cours au sein de notre Université, et d’autre part dynamiser et projeter de nouvelles collaborations avec les universités brésiliennes. C’est précisément ce que le programme de la journée du 19 mars donne à voir : réflexion autour de thèmes partagés, au croisement de la recherche, de la culture en rayonnement à l’échelle internationale. La Saison France-Brésil 2025 nous offre l’occasion de souligner les valeurs de notre Université, en particulier celles de droits humains, de diversité et d’égalité, qui sont au centre de notre programmation.
Graça Dos Santos : Ma double appartenance culturelle franco-portugaise et mon bilinguisme précoce ont dessiné mon parcours.
Metteuse en scène, comédienne et professeure d’art dramatique, je croise création et recherche avec un travail axé sur les connexions entre théâtre et enseignement des langues. J’ai été recrutée maîtresse de conférences à l’Université Rennes 2, en 2002, après avoir été durant 17 ans intermittente du spectacle. J’étais déjà fondatrice de Cá e Lá – compagnie bilingue français portugais, pour laquelle j’ai créé le festival Parfums de Lisbonne (festival d’urbanités croisées entre Lisbonne et Paris, 18e édition en 2025).
J’ai obtenu une mutation à l’Université Paris Nanterre, en 2006, au département de portugais de l’UFR LCE ; j’étais encore rattachée au Centre d’Histoire culturelle des Sociétés Contemporaines (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et j’ai intégré ensuite à l’UPN le Centre de recherches interdisciplinaires sur le monde lusophone (CRILUS). En 2016, j’ai été nommée professeure et dirige depuis, au sein de l’UR professeure et dirige, au sein de l’UR Etudes Romanes, le CRILUS. Mes activités de recherche sont orientées vers l’histoire culturelle en Europe, en regards croisés avec le Brésil. L’Université Paris Nanterre m’a permis de développer une activité théorique et pratique en lien avec les divers domaines des Sciences Humaines, et avec des activités ouvertes sur le territoire et la société civile, sans oublier des projets à l’international.
À côté de mes activités de recherche et d’enseignement, je suis engagée dans les tâches administratives pour la communauté universitaire : instances internes à l’UPN (Conseil d’UFR LCE, Conseil de l’ED 128, Bureau de l’UR Etudes Romanes…), au niveau national (CNU, HCERES, sociétés savantes) et internationales (jurys, évaluations et expertises). Je considère mes fonctions d’enseignante chercheuse comme un privilège et essaie de mettre à profit les particularités de mon parcours pour un métier qui me passionne.
« […] c’est ensemble que l’on trouve la force de créer, d’entreprendre des actions produisant une politique culturelle qui reflète les valeurs de solidarité et d’ouverture de notre université. »
Graça Dos Santos
L’équipe Point Recherche : Que peut-on vous souhaiter pour votre mandature ?
Graça Dos Santos : Je ne sépare pas les trois éléments qui constituent la mise en pratique de mes fonctions de Vice-présidente: « Culture, Vie associative et Rayonnement ». J’ai la chance de travailler avec l’ACA², service incontournable de notre université, dont il faut rappeler le sens de l’acronyme : Action Culturelle et Artistique / Animation du Campus et Associations, éléments fondamentaux qui permettent de développer et de coordonner toute action visant à promouvoir un accès privilégié à la pratique artistique au sein et à l'extérieur du campus. L’équipe de l'ACA² est incroyable, au-delà des événements phare comme les Festival Nanterre sur scène ou Marto (entre autres), elle organise une programmation de qualité, avec des activités diversifiées et la billetterie offerte aux personnels de l’université.
Depuis mon entrée en fonction j’ai pris la mesure de la grande diversité événementielle dont nous disposons. Les actions culturelles dont l’université est partie prenante incluent des services et des structures qui enrichissent le tissu culturel de l’UPN : du le service central de documentation (SCD), la Maison des Langues, le label SAPS, mais aussi la Mission Egalité, la MSH Mondes, La Contemporaine, et la liste est loin d’être exhaustive. Mon souhait est de permettre que cette formidable programmation soit encore plus connue et reconnue dans et hors du campus. La force de proposition culturelle de notre université est un étonnement et satisfaction quotidienne pour moi.
L’équipe Point Recherche : La saison France-Brésil, c’est avant tout un temps collectif. Quelles sont les personnes, composantes et partenaires que vous souhaitez remercier ?
Graça Dos Santos : J’ai déjà signalé l’importance de la collaboration avec les Vice-présidences Recherche et Relations internationales, je dois beaucoup à mes deux collègues et la complémentarité de ce travail d’équipe va nous permettre de poursuivre une programmation dans le cadre de la saison France-Brésil, durant l’année 2025. J’associe également la collaboration importante de la Vice-présidence Science et société ; communication. L’équipe de la DIRCOM et le pôle événementiel sont essentiels dans toute l’organisation des événements et dans leur diffusion. Les visuels et le site réalisés pour la Saison France-Brésil à l’UPN sont salués par tous.
Je remercie, bien-sûr les Unités de recherche, et les nombreux collègues qui ont répondu à notre appel à contribution. Nous avons pris conscience du grand nombre et de la diversité des projets développés entre notre Université et les universités brésiliennes ainsi que de la richesse des échanges établis. Les collègues brésiliens jouent un rôle très important dans cette dynamique destinée à être encore développée. Nous avons voulu que la journée du 19 mars donne une idée de cette grande diversité, et souhaitons que la suite de la programmation continue en ce sens.
Je remercie les collègues de l’équipe du CRILUS qui permettent la réalisation du cycle de séminaires « Représentations du Brésil contemporain » et ont organisé la semaine consacrée à la langue portugaise, à la Maison des Langues et dont la Bibliothèque de l’UFR LCE était partie prenante. Celle collaboration sera d’ailleurs bientôt prolongée par une exposition se déroulant dans cette même Bibliothèque ; elle est consacrée au Manifeste Anthropophage, écrit en 1928 par le poète Oswald de Andrade et qui est un essai fondateur du modernisme brésilien. Intitulée « L’anthropophagie en revue », l’exposition est un inventaire polyphonique et fragmentaire de déclinaisons, de reprises ou de relectures dans les arts visuels, la littérature, la philosophie et la politique. C’est l’occasion pour les étudiants, les collègues et les personnels de découvrir un mouvement de la modernité brésilienne au travers d’un processus esthétique et politique de transgression constante.
Mais je ne peux terminer sans rappeler les collaborations extérieures à l’Université dont celle avec la Maison du Brésil (CIUP) et sa direction qui a joué un rôle important dans la préparation de la programmation scientifique et culturelle. Je n’oublie pas non plus le soutien de l’Ambassade du Brésil en France dont une délégation, avec à sa tête l’Ambassadeur, est venue ouvrir la Saison France-France Brésil à l’UPN, alors que l’ouverture en était assurée avec notre Présidente, Caroline Rolland Diamond.
Mes remerciements ne seront jamais suffisants, ni exhaustifs ; mais, le plus important, on l’aura compris est le travail d’équipe. C’est ensemble que l’on trouve la force de créer, d’entreprendre des actions produisant une politique culturelle qui reflète les valeurs de solidarité et d’ouverture de notre université.
► Tous les portraits de chercheuses et chercheurs de l'Université Paris Nanterre |
Mis à jour le 03 avril 2025