Pourquoi arrêter de manger les animaux ?

Publié le 28 septembre 2026 – Mis à jour le 28 septembre 2026

Une question philosophique - et d'actualité - posée par le doctorant Thomas Barrière au public de la Fête de la science, dans le cadre d'une table-ronde organisée samedi 10 octobre.

La Fête de la science à l’Université Paris Nanterre, c’est deux journées réservées au public scolaire et une journée ouverte au grand public, le samedi 10 octobre 2026. De nombreuses animations sont proposées au public pendant une après-midi permettant à toutes et tous de découvrir les sciences humaines et sociales autrement. L’une de ces animations est portée par Thomas Barrière, doctorant, qui propose une table-ronde intitulée : “Pourquoi arrêter de manger les animaux ?”. A l’origine de cette animation, un texte de Plutarque, sur lequel Thomas a accepté de revenir.

Qui est Plutarque ?

Plutarque est un philosophe grec qui a vécu entre le premier et le deuxième siècle de notre ère. À son époque, la Grèce est sous domination romaine. Nous savons qu’il a beaucoup voyagé dans l’empire, et écrit de nombreux traités sur des sujets variés, dont plusieurs (parmi ceux qui nous sont parvenus) qui abordent la question des animaux.

Comment résumer ce texte ?

Manger de la chair (titre de l’œuvre dans la traduction de Jean-François Pradeau), qui fournit le socle de la table ronde, est un texte dans lequel Plutarque cherche à y démonter tous les arguments de son époque en faveur de la consommation de viande. Selon lui, si le fait de manger des animaux a pu se justifier à un moment donné de l’histoire humaine, cette justification ne tient plus à son époque, où l’agriculture produit suffisamment de ressources pour nourrir les hommes.

Il rejette l’idée que l’être humain serait par nature carnivore, et considère donc la mise à mort d’animaux dans le cadre de l’alimentation comme une faute morale, voire spirituelle.

Quels arguments sont toujours pertinents aujourd’hui ?

Il serait peut-être plus rapide de parler de ce qui n’est plus pertinent ! L’argumentaire de Plutarque n’est pas toujours aussi fort : l’idée que la viande alourdirait l’âme, et surtout l’idée qu’en mangeant un animal, on mange peut-être un être humain décédé puis réincarné (Plutarque suit ici les théories de Pythagore) ne parleront sans doute pas au lecteur d’aujourd’hui.

Mais l’essentiel tient encore la route : la remise en question d’un régime « naturel » pour l’homme qui comporterait de la viande, remise en question qui passe notamment par la comparaison de notre anatomie avec celle d’autres prédateurs, fait bien apparaître que nous sommes fort mal équipés pour chasser et déchiqueter des proies ; l’hypocrisie qui consiste à savourer un morceau de viande longuement préparé et recouvert de sauces, tout en étant incapable de mettre nous-mêmes l’animal à mort, si la tâche devait nous incomber, est également dénoncée.

Plutarque avance enfin l’idée qu’en maltraitant les animaux, d’autres intelligences que la nôtre (la science actuelle tend à lui donner raison), nous contribuerions à rendre la société humaine plus violente : la violence sur les animaux nous préparerait à mal agir envers nos semblables.
Ainsi, dans une société qui produit suffisamment d’aliments pour que l’on puisse être en bonne santé sans manger de viande, la mise à mort des animaux dans ce but n'apparaît ni utile, ni nécessaire, simplement l’exercice (par habitude) d’une forme de cruauté. Je crois que ces raisonnements n’ont absolument pas vieilli.

Comment se déroulera la table-ronde prévue pour la Fête de la science ?

Tout d’abord, il y aura un échange que j’animerai entre Christophe Bréchet (professeur de grec ancien à l’UPN, spécialiste de Plutarque), Cassandre Girard et Sandro Rato (étudiants de philosophie à l’UPN et membres de l’association Sentience – Nanterre, une association qui milite pour la cause animale et organise régulièrement des animations sur le campus), dans un va-et-vient entre l’univers de Plutarque et l’actualité des idées concernant le statut des animaux et la consommation de viande.

Ensuite, la parole sera au public, qui pourra poser des questions, rebondir sur ce qui aura été dit, ou simplement exprimer son opinion sur le sujet.
Participer à cette animation permet d’ouvrir ses horizons et de prendre du recul sur les débats actuels autour du carnisme (fait de manger de la viande), du végétarisme et du végétalisme : certes, Plutarque n’a pas connu le changement climatique, les fermes-usines ou les progrès scientifiques tels que nous les connaissons aujourd’hui, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir beaucoup d’idées intéressantes, il y a deux mille ans, et il est important que ces idées continuent de circuler et soient débattues.


Mis à jour le 28 septembre 2026