Comment favoriser les relations sociales positives des enfants en situation de handicap avec leurs pairs ?

Publié le 3 juin 2026 Mis à jour le 8 juin 2026

Clémence Dayan, psychologue clinicienne et maîtresse de conférences, répond à cette question, et d'autres, grâce à des recherches menées auprès d'enfants de 2 à 6 ans. Entretien.

Psychologue clinicienne et maîtresse de conférences au sein de l’unité de recherche Clinique Psychanalyse Développement (CLYPSID) de l’Université Paris Nanterre, Clémence Dayan a notamment travaillé sur les relations entre pairs des personnes en situation de handicap.

Avec d’autres chercheuses et chercheurs, elle s’est plus particulièrement intéressée aux interactions sociales entre des enfants en situation de handicap et des enfants valides, dans le cadre scolaire notamment. Ces recherches portaient précisément sur des enfants de 2 à 6 ans. Elle a dirigé l’ouvrage Handicap et relations aux pairs : la solitude n'est pas une fatalité, publié en 2022 aux éditions Erès.

Quelles difficultés rencontrent les enfants ESH avec leurs pairs valides ?

Les études, notamment en psychologie développementale, ont permis d'observer des enfants dans leurs interactions avec leur pairs et montrent qu’ils sont très souvent beaucoup plus isolés que les autres. Ils sont par ailleurs souvent en difficulté pour décrire leurs amitiés. C'est-à-dire qu’ils peuvent citer des camarades mais on se rend compte que ce ne sont pas tout à fait les mêmes processus que pour les autres enfants, dans les relations électives notamment.

 

« Les relations électives, c’est quand on choisit un ou plusieurs enfants comme meilleur(s) ami(s), en tout cas des enfants avec lesquels on aura des interactions privilégiées. Ces relations électives sont beaucoup plus tardives voire parfois inexistantes chez les enfants en situation de handicap.

 

Enfin, dans l'étude qu’on a menée, on s'est rendu compte que les choix d’interactions des enfants en situation de handicap se portaient plutôt sur d’autres enfants en situation en difficulté, même pas forcément en situation de handicap, mais en difficulté, peut-être un peu plus lents que les autres, en difficulté sociale, en difficulté scolaire aussi.

On a émis des hypothèses. Par exemple, que lorsque l’on établit des liens avec d'autres, on a besoin à la fois d’altérité et d’aller au contraire vers celles et ceux qui nous paraissent semblables, pour se sentir un peu sécurisés. En observant des enfants dans une cour de récré en maternelle, on se rendait compte que l'enfant qui a une déficience motrice ou un autre type de handicap d'ailleurs, était assez insécurisé par les mouvements très rapides des autres enfants, par la rapidité aussi des interactions.

 

« Il y a souvent un problème de temporalité dans l’interaction entre enfants valides et enfants en situation de handicap.

 

Quels freins rencontrent les enfants valides pour nouer des liens avec les enfants en situation de handicap ?

Notre étude portait sur de jeunes enfants, entre 2 et 6 ans. Ce qu'on a beaucoup observé c'est cette question du rythme des interactions. Lorsqu’un enfant valide va vers un enfant en situation de handicap, il peut être tout à fait intéressé par ses particularités, par ce qu'il est en train de faire. Mais quand il va s'adresser à l'enfant en situation de handicap, celui-ci ne va pas lui répondre tout de suite ou va lui répondre différemment.

 

« L’enfant valide va souvent se détourner de celui ou celle en situation de handicap parce que la réponse n’arrive pas assez vite ou parce qu’il ne comprend pas forcément la réponse.

 

Malgré tout, on se rend compte que ce sont les lieux d'inclusion, qui rassemblent enfants valides et enfants en situation de handicap qui ont l'air d’être les plus intéressants pour le développement des enfants en situation de handicap.

Quelles sont les idées reçues sur les enfants en situation de handicap, notamment de la part d’adultes valides ?

Alors ça, je l'ai surtout observé dans ma clinique. Les parents ont souvent peur - et ça revient tout le temps - que les enfants en situation de handicap tirent leurs enfants vers le bas. En centre d'action médico-sociale, quand on faisait des groupes d'enfants, tous en situation de handicap, certains parents pouvaient être un peu réticents en pensant que les enfants du groupe étaient plus handicapés que le leur. On retrouve aussi ces réticences dans les lieux d'inclusion.

Or, des études, notamment des études développementales nord-américaines et certaines études françaises ont beaucoup travaillé sur ces questions et montrent que c’est justement la mixité qui va être hyper intéressante pour le développement des enfants en situation de handicap mais aussi des enfants valides parce qu’ils vont développer un certain nombre de compétences sociales avec les enfants plus fragiles, plus vulnérables. Ils vont pouvoir un peu adopter des fonctions de tuteur.

Comment favoriser les interactions positives entre pairs ?

Déjà, en y faisant attention, c'est-à-dire que souvent, quand il y a des enfants en situation de handicap en milieu inclusif, on va se focaliser sur le plan des compétences d'apprentissage des enfants en situation de handicap. C’est important bien sûr mais on oublie beaucoup la question des interactions avec les autres enfants. La socialisation tient une place très importante dans le développement de tous les enfants, valides ou en situation de handicap. Les pairs sont presque autant moteur dans le développement de l'enfant que les adultes. Donc faire attention, observer ces relations, c’est déjà bien.

Ce qui favorise aussi, c'est le dialogue avec les familles autour de ces questions-là parce qu'on s'est rendu compte dans notre recherche que les compétences sociales de ces enfants se développent d'abord avec des enfants familiers : la fratrie, les cousins, les voisins. Ces compétences sociales s'exportent ensuite dans des groupes d'enfants inconnus, comme à l’école. 

Enfin, il y a la question de l'environnement. On s'est rendu compte que les enfants en situation de handicap arrivaient beaucoup mieux à être en lien avec les autres quand il y avait moins d'enfants, c'est-à-dire pas dans les classes de 30 élèves, où les stimulations sensorielles sont importantes. Ça peut être aussi une question d’adaptation de la lumière, des bruits…

 

« La question centrale c’est : est-ce qu'on peut adapter l'environnement pour les enfants en situation de handicap et pas l'inverse, c’est-à-dire que c’est à elles et eux de s'adapter à leur environnement.

 

A l’école, on pourrait travailler davantage à l’harmonisation des pratiques et faire un travail sur les représentations et donc sur la formation des enseignants qui est encore trop peu développée sur cet aspect. Les enseignants se retrouvent souvent en difficulté.

Un dernier mot ?

Je voulais parler de la place de l'adulte dans les interactions entre enfants. On a remarqué que l'adulte était hyper important. Alors, je pense aux AESH à l’école mais aussi aux référents de crèche pour faire l’intermédiaire entre l'enfant en situation de handicap et les autres enfants. L’important est d’être attentifs évidemment à toutes les dimensions dont on a parlé, mais aussi être en capacité d’intervenir.

 

«Par exemple, un adulte qui va pouvoir dire "Attends, là, regarde, tu es venu lui poser une question mais reste un tout petit peu parce qu'il lui faut un peu plus de temps pour répondre. Là, tu vois, ça y est, là, il est en train de te répondre".lité dans l’interaction entre enfants valides et enfants en situation de handicap.

 

Au début en tout cas et puis quand l'enfant se débrouille mieux, quand quelque chose s'est un peu installé dans les relations aux autres, qu'il a plus de compétences parce qu'il grandit, c'est important que l'adulte sache se retirer un peu pour ne pas faire écran. C'est un positionnement qui est très subtil.

Mis à jour le 08 juin 2026